Origines Contextuelles du projet " Orthoglobal "L’Orthopédie Dento-Faciale (ODF) se situe à un carrefour où convergent jusqu’à 13 spécialités médicales, sans compter le paramédical, alors que le monde dentaire et le monde médical continuent de s’ignorer avec une « gentille » hypocrisie. Le but de ce projet est d’ouvrir la frontière le long de laquelle se concentrent les tensions les plus lourdes pour le public et la santé publique, frontière entre dentisterie d’un côté, pédiatrie, oto-rhino-laryngologie et médecine générale de l’autre. Ceci peut se résumer en plusieurs constats plus précisément spécifiques au domaine dentaire : Constat N°1 : du côté des professions de santé Après 30 ans de pratique et de recherche clinique en orthopédie dento-faciale, la situation n’évolue pas, reste bloquée à cette frontière entre domaine médical et domaine dentaire, où le palais (toit de la bouche et plancher du nez) joue le rôle symbolique d’un no man’s land infranchissable : Les problèmes de développement du maxillaire supérieur (asymétrie, insuffisance de croissance transversale, déficit de ventilation nasale, déviation de la cloison) appartiennent au domaine médical et les problèmes orthodontiques ou orthopédiques qui en découlent ou en sont aggravés (insuffisance de place et dysmorphoses dento-faciales, surtout les asymétries) restent du domaine dentaire, aux capacités analytiques et thérapeutiques d’autant plus limitées qu’il reste séparé du domaine médical, chaque fois que ça arrange les uns ou les autres, ceci au grand dommage du public et de la santé en général. Voir les critères de définitions de l’ICON (= index of complexity, outcome and need. J. Orthod. 2000;27:149-162 ou Orthodontie française 2006;77:391-396) ces critères ont été élaborés par «consensus» entre orthodontistes* de 9 pays européens ( * combien et lesquels ? Et combien d’entre eux pratiquent d’une manière suffisamment nouvelle et intégrative pour que des opinions nouvelles puissent peser dans la balance décisionnelle ? ) En fait, on voit, en parcourant ces critères, qu’ils sont élaborés uniquement dans le champ dentaire et esthétique. Nous tournons donc toujours en rond et il y a peu d’espoir pour le public de voir prochainement un élargissement des critères de prise en charge par les assurances et les pouvoirs publics. Constat N°2 : du côté formation post-universitaire dentaire Le monde dentaire est loin d’être innocent : la formation en médecine générale est encore très limitée, et surtout l’appartenance à un esprit et une collaboration d’équipe médicale n’est pas du tout vécue pendant le cursus universitaire, sauf pour ceux qui passent par un internat (mais c’est une réforme toute récente et les orthodontistes ne sont pas particulièrement poussés à le faire) ce qui amène, dans le monde dentaire lui-même, un blocage pour l’ODF prospective, globale et transdisciplinaires, vers des solutions thérapeutiques plus larges du côté médical. De plus en plus de dentistes généralistes comprennent bien le manque et se lancent dans la pratique des traitements d’orthodontie en utilisant le biais de la philosophie alternative, mais sans avoir les bases scientifiques suffisantes pour connaître leurs limites, augmentant par là la confusion générale. Il en découle et s’y ajoute un blocage de plus en plus gênant du côté des assurances (refus de prise en compte des demandes d’intervention médicale O.R.L. à point de départ dentaire) ce dernier verrou venant renforcer le premier, celui de la prise en compte de la demande orthodontique par le monde médical : c’est le serpent qui se mord la queue. Il y a donc besoin d’information, de formation, et de diffusion large des messages. Constat N°3 : du côté santé publique et économie
- Il est toujours aussi difficile de trouver des praticiens, pédodontistes ou dentistes pédiatriques et orthodontistes, capables de traiter des enfants en bas âge (ceux-ci d’ailleurs, de plus en plus difficiles à supporter le minimum pour se soigner).
- La formation de plus en plus longue et complexe, débouche sur une attitude pragmatique et un choix de pratiques éprouvées et rentables (on continue à attendre 11-12 ans pour poser des bagues partout pour des traitements longs, difficiles et coûteux, parce qu’il est toujours plus intéressant à tous points de vue de prendre en même temps plusieurs enfants sur plusieurs fauteuils, que d’intervenir précocement sur un seul petit à la fois, avec sa mère à côté qui pose plein de questions et demande souvent un autre type de prise en charge, plus global et psychologique, surtout avec la montée en nombre des familles mono-parentales).
- Les problèmes d’alignement dentaire et d’équilibre crânio-dentaire ne sont pas qu’une affaire de dents mais il semble toujours difficile de retourner la situation pour proposer de nouvelles thérapeutiques alternatives et préventives face aux lobbys de distribution des thérapeutiques traditionnelles (bagues et fils métalliques) avec la culture afférente (attendre 11-12 ans).
Constat N°4 : complexité de plus en plus grande - Peu ou pas de dépistage ni de prévention : de nombreux cas simples en bas âge sont laissés en développement vers des cas complexes. (voir les pages « erreurs et échecs »).
- Pas de réflexion globale de santé publique à long terme (comptes et mécomptes de santé publique : le nombre de journées de travail perdues, de médications et de frais à long terme pour des problèmes de « santé générale » issues de problèmes de malocclusion : la santé dentaire ce n’est pas que la carie !).
- Négligence générale et en particulier des médias, de l’importance d’une bonne ventilation nasale (conséquence de santé publique et économique…) = il y a déséquilibre entre l’attention à l’alimentation et la négligence de la ventilation, elle-même confondue avec la respiration uniquement envisagée et validée selon les maladies respiratoires face à la pollution…).
- Méprise globale entre structurel et fonctionnel et négligence générale du « fonctionnel » dont les défauts s’assimilent aux malaises, négligés tant que l’on n’arrive pas à la maladie, et à l’atteinte structurelle.
Constat N°5 : du côté du publicPour le domaine dentaire, comme pour le reste, il n’y a pas beaucoup d’évolution du savoir chez le public, malgré l’évolution scientifique et l’explosion des informations, on constate à l’inverse le développement d’infos parcellaires, superficielles et souvent lapidaires, (le succès des gratuits) qui, associées à la progression rapide de l’inculture, accroissent la fermeture à la complexité (la lolette, exemple du blocage culturel et symbole central du projet = le débat se limite à choisir entre le pouce ou la lolette... mais nous y reviendrons plus loin au débat n° 7). Paradoxalement en face, le souci et la demande, pour ne pas dire l’exigence, du public n’ont jamais été aussi grands et vont aller en croissant sous plusieurs motivations conjuguées : - Montée de l’individualisme et souci de réussite personnelle avec une esthétique à succès, et, ou, de réussite à faire des enfants parfaits. (le mythe de la perfection ? ou la peur d’une culpabilité ?).
- Souci d’économie dans une tranche de la santé insuffisamment prise en charge par les assurances.
- Souci d’investissement durable, avec une stabilité du résultat. (la moitié des adultes qui consultent actuellement ont déjà suivi un traitement à l’adolescence.)
- Prise de conscience de la notion de santé globale.
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